samedi 25 juin 2011

Ce 1er juillet 1961, Louis-Ferdinand Céline

Il y a 50 ans à Meudon, le 1er juillet 1961, dans l’indifférence générale, meurt Louis-Ferdinand Céline, médecin et écrivain. Il vient à peine d’avoir 67 ans. Les dernières images de l’homme nous montrent un homme vieilli prématurément, comme accablé par une vie qu’il avait désiré « remplie d’évènements ». Cette vie l’a mené aux confins d’une nature qu’il croyait humaine, mais, finalement, qui fut bien trop lourde à porter pour un seul homme. Les Dieux eux-mêmes sont incapables d’assumer cette charge insurmontable.

Pourtant, ce qu’il a connu, vu et ressenti lui donne bien cent ans de sagesse et de clairvoyance, mais aussi cent ans de douleurs et de reniements.

Les uns le comparent à un clochard tandis que d’autres le regardent comme une espèce d’ermite volontairement coupé du reste du monde. Pourtant, Céline ne s’est pas isolé de son propre gré, c’est pour lui une question de survie. Jusqu’à la fin, Céline demeure à l'affût des évènements, des opinions, des mouvances sociales et politiques et se renforce dans sa certitude que l’humanité ne guérira jamais de sa soif d’hécatombes. «Jamais personne ne lui a prouvé qu’il avait tort, mais, il y a en lui un sentiment d’échec, la déception d’avoir souffert tout ça pour rien, l’incompréhension, le mépris, le rejet et l’indifférence.

C’est le monde qui s’est coupé de Céline et non l’inverse. En agissant ainsi, la société croyait pouvoir tracer une ligne définitive sur un passé honteux. Les survivants espéraient transférer à quelques-uns, toujours les plus faibles, leur part de responsabilité, qui demeure avant tout commune et collective avant d’être individuelle; comme il est facile de devenir le bouc émissaire de tout un siècle lorsque l’on refuse de rentrer avec le troupeau. Finalement, l’homme n’invente jamais rien, il ne fait que se perpétuer et se rassurer en fonction du regard des autres.

Vieillissant et accablé l’écrivain porte sur son visage les stigmates d’une civilisation perdue, tel un reproche amer envers l’insouciance des vivants. Le corps ne suit plus vraiment la cadence d’ascète qu’il s’est imposé pour bien montré cette indépendance à laquelle il tient par-dessus et qu’il n’est surtout pas dupe de l’exil où il est forcé de vivre, la continuité de sa prison, l’isolement physique et la solitude intérieure.

C’est un ultime défi qu’il lance aux castes parfumées d’idéologies humanitaires à géométrie variable, les politiques, les universitaires, les pseudo-intellectuels cultivés qui se vendent aux affairistes de toutes tendances où leur supériorité perverse s’acharne à nous convaincre qu’ils agissent pour le bien commun. Le monde que Céline présageait et qu’il voyait surgir dans la boue des tranchées de 14-18 est déjà sur le palier de sa porte et attend pour le conduire au tombeau. Il est aigri même s’il n’y peut rien, le sens du prochain siècle et le destin des humains sont tout tracés, la victoire de la raison et de l’uniformisation est totale, il ne reste plus rien d’autre à faire que s’enrichir en attendant le mur.

En ce début d’été 1961, il se sait en sursis depuis longtemps, depuis Vestre Faengsel et, peut-être bien avant; depuis l’écriture extatique de ce «Voyage au bout de la nuit», où la transe qui l’a guidé ne l’a jamais plus vraiment quitté. L’écriture n’est pas une finalité pour Céline, mais l’expression de son absolu qui se transmet par ce médium. L’écriture est le bouillonnement de sa source intérieure, elle laisse sur le papier une piste qu’il nous demande de suivre, celle des origines qui conduit nécessairement à la déception, car, Céline sait que nous courrons à l’échec, gaspillage de tant de possibilités par pure vanité.

Le témoignage de sa fille Colette montre bien le degré élevé de mysticisme qu’il pouvait atteindre lorsqu’entièrement imprégné par sa quête d’absolu, il plongeait à la poursuite des chimères qui peuplent notre inconscient depuis la nuit des temps et les forçait au dialogue. Il les affrontait nuit après nuit, luttait, contre des forces qu’il croyait pouvoir vaincre ou sinon comprendre :

«Il écrivait surtout la nuit. Il s'asseyait à son bureau, dans cette même pièce, qui était notre chambre à tous deux. (…) il allumait la lampe de son bureau une bonne partie de la nuit. (…) il n'était pas facile de dormir (…) j'avais un œil ouvert et je le regardais. J'avais du mal à m'assoupir avec l'éclairage. Mais surtout il parlait seul et très haut, se levait, circulait en parlant encore plus fort. J'avais droit à tous les personnages qui défilaient devant moi et j'espérais qu'ils mourraient bientôt. La nuit était très longue (…) « Céline vu pas sa fille » Figaro littéraire du 26 mai 2011, sur : http://lepetitcelinien.blogspot.com

En ce début d’été 1961, le lot de souffrances qu’il peut encore supporter atteint son point culminant, le rattrape; son temps est compté et, même s’il n'a pas encore tout raconté ce qu’il a vu, ce qu’il sait et ce qu’il entrevoit pour l’avenir, il laisse venir la mort et l’espère. Son combat, ses affrontements perpétuels avec les maîtres de la nuit qui règnent aussi sur le jour l’ont épuisé. Le moment de laisser le dernier mot à ses livres est presque là.

Il la connait bien, la mort… cette grande faucheuse, il l’a si côtoyé souvent, frôlé les contours en tellement de circonstances extraordinaires, qu’il est impossible de toutes les retenir et les exposer devant l’indifférence et l’amnésie généralisée. L’accumulation des massacres est trop imposante pour la multitude, une mémoire sélective s’impose de fait afin de conserver à la race ses illusions de bonheur. Le drame de Céline se situe justement dans cette incapacité à vouloir réduire cette mémoire si précieuse à une perversité politique. Pour Céline, le bonheur n’existe pas, seulement la mort au bout du parcours.

La mort, il l’a connait sous toutes ses formes, en engagé de 14 et aussi, nous l’oublions, de 39 comme médecin sur un transporteur de troupe, en colonisateur, en médecin des pauvres, en fugitif, en prisonnier et surtout en écrivain où l’Ankou est partout présent, une mort obsessionnelle. Cette « seule vérité », qui nous apparait après l’ivresse de la vie, le seul aboutissement possible au drame chaotique d’une humanité triomphante et insouciante où elle devrait s’imposer une plus grande humilité devant ce qui l’attend.

Le caractère insoutenable de la mort, Céline l’a hurlé de toutes ses fibres, dans ses mots, dans sa langue, français si riche en nuances et en puissance. Il a placé la mort où elle doit se trouver, au centre du tout, et ce, avec une sensibilité qui lui est si propre, sensibilité toute célinienne que trop cherchent à nier et interprètent encore comme de la vulgarité, cette crainte instinctive de s’enfoncer dans l’œuvre de Céline et ne plus pouvoir en émerger. Tout est là, plonger dans Céline, c’est vivre avec la mort sous toutes ses formes.

Céline est mort seul, comme il l’a voulu, «pas de médecins, pas d’hôpital», pas de soins, face à face et seul à seul, tels deux vieux complices qui se retrouvent définitivement après un parcours parallèle ponctué de hasards, c’est Bardamu et Robinson qui se rejoignent enfin pour tenter de boucler la boucle «et qu’on en parle plus».

La mort oui, il est prêt à se laisser emporter, mais avec le moins de souffrances possible, même s’il affirmait que l’homme se raffinait dans la souffrance et se vulgarisait dans la fête. Contrairement à la mort, la souffrance peut être atténuée et c’est principalement pour cette raison qu’il fut médecin avant d’être écrivain, afin de soulager une partie de la souffrance humaine en s’attardant à la « psychologie » du patient plutôt qu’à lui prescrire la dernière nouveauté pharmaceutique, autre tare qu’on lui a fréquemment reprochée, d’être un mauvais médecin. Pourtant, tous ceux qui l’ont côtoyé soulignent son extrême douceur et sa patience, en particulier envers les enfants.

Ce jour-là, ce 1er juillet, temps de canicule, Céline venait à peine de terminer sa dernière «chronique» achevant l’histoire d’un siècle qui, comme lui, avait vieilli prématurément à force de malheurs et d’outrances; siècle dévorant allègrement ses enfants avec un appétit insatiable, comme si l’accumulation des cadavres pouvait assurer le bonheur des masses, plutôt que celui des marchands de canons.

Ce siècle de raison fut chargé de promesses et de désillusions, d’affirmations et de désarroi, de technique et de destruction, d’appartenance et de nivellement. Il en fut surtout un siècle de mensonges et de fourberie et un homme seul, a osé l’affronter dans toute sa démesure. Céline est devenu une sorte de héros mythologique des temps moderne, sinon comment expliquer l’aura qui l’entoure et l’étrangeté de sa «popularité».

Sur Meudon, 25 ters routes des Gardes, c’est la fin de quelque chose, le recueillement, c’est le respect et l’attente, comme si d’autres évènements hors du commun allaient se produire. Les animaux se sont tus, ils préfèrent la simplicité du silence aux états d‘âme des hypocrites, les bêtes savent et ressentent la sensibilité de l’écrivain qui se dilue lentement dans l’air lointain de Paris. Lui qui affirmait qu’un menhir ou un dolmen valait toutes les cathédrales du Moyen-âge, les seuls dignes de sa confiance, les animaux, se devaient de lui rendre ce dernier hommage, le seul qui compte vraiment; hommage en souvenir des fées, des déesses et de l’ensemble des danseuses de l’imaginaire célinien.

À sa mise en terre définitive en novembre 1961, Arletty qui assiste à la cérémonie conclue ainsi :

« … un chat roux s’installe près du cercueil pendant toute la cérémonie; un jeune enfant arrose des fleurs près d’une tombe voisine, un houx poussait à côté. Ce qu’il eut souhaité. L’enfant, l’animal, l’arbuste. Je jette sur sa tombe un peu de terre de Courbevoie». D’un Céline l’autre, p.100David Alliot Bouqins Robert Lafont.

Pierre Lalanne


samedi 11 juin 2011

L’année de Louis-Ferdinand Céline ou la «fête des fous»

Il y a quelque chose d’assez fascinant de voir tomber, jour après jour, les articles, les biographies, les essais, les rééditions, les numéros spéciaux, les hors série, les colloques, les pièces de théâtre, les lectures, les tables rondes, les émissions et ce n’est pas terminé, d’autres livres sont attendus et des activités sont annoncées, même un film, reconstituant le procès de Céline, sera bientôt présenté. Un film qui nous démontrera, probablement, et hors de tout doute, sa responsabilité. Culpabilité juridique? Culpabilité morale? Culpabilité d’une civilisation? Culpabilité des innocents et innocence des coupables? On verra bien.

Alors, quoiqu’on en dise et tant pis pour les détracteurs, 2011 est une année Céline. Elle est folle, belle et elle décoiffe. Elle en jette, explose et démontre l’incroyable jeunesse de l’écrivain. Tellement, que certains, elle n’a pas encore six mois cette année, s’interrogent et se demandent si ce n’est pas trop, tout ce déferlement, une véritable indigestion célinienne qui, comme en gestation depuis longtemps, refoule d’on ne sait d’où.

D’ici la fin de l’année, il y en a bien un qui va nous définir une nouvelle théorie du complot sur le sujet. Admettons également qu’on profite de l’occasion pour y gagner un peu, mais tout de même, Céline est sur toutes les tribunes et cela fait plaisir à voir et à entendre.

Ainsi, au bout de l’exercice, peut-être bien qu’on le regardera un peu moins, je dis bien un peu moins, comme un parfait salaud et davantage pour ce qu’il est réellement, un écrivain exceptionnel et une personnalité hors normes; l’écrivain de son siècle et prédicateur du nôtre.

Peut-être bien aussi, que de nouveaux lecteurs, intrigués, oseront s’approcher du monstre et alors, le mal sera fait, ils seront majoritairement séduits, conquis par la verve célinienne. Il n’y a pas en douter, Céline est dans le paysage encore pour longtemps et se chargera, périodiquement, de nous le rappeler. Pensons seulement au choc lorsque les pamphlets seront réédités, car, même s’ils sont accessibles sur le Net, ces écrits seront publiés de nouveau, d’une manière ou d’une autre, c’est inévitable.

Remarquons que la polémique autour de la commémoration officielle semble à peu près effacée, comme si elle n’avait jamais existé, sinon sous la forme d’un catalyseur, sorte d’avant-première ratée. Le pouvoir se présentant sur scène sans y être invité en «vedette américaine» pour tenter de bien gâcher la fête et imposer sa vision d’une société complètement dépassée par ses propres mensonges :

«Nous voilà parvenus au bout de vingt siècles de haute civilisation et, cependant, aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. L’homme ne peut persister, en effet, dans aucune des formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge permanent et de plus en plus massif, répété, frénétique, «totalitaire» comme on l’intitule». Hommage à Zola 1933

En absence manifeste de talent et sincérité du ministre de service, le résultat s’imposait de lui-même. En voulant écarter la vedette principale, le pouvoir a servi de faire-valoir à l’écrivain, qui en rit encore. Est-il besoin de spécifier que Céline n’a nullement besoin des chantres officiels de la droite ou de la gauche et de leurs mensonges pour se démarquer et s’imposer de lui-même.

Ainsi, depuis le bide, les autorités se taisent, les élites font du surplace, se grattent en songeant aux vérités de DSK et s’interrogent, un peu honteux de s’être mis le nez dedans, ils attendent que ça sèche. Impossible d’empêcher cette « fête des fous », ils espèrent seulement qu’elle servira de soupape à leurs abus répétitifs en leur permettant de bien reprendre les choses en main et effacer Céline pour les cinquante prochaines années. En face de la nécessité, ils trouveront bien un moyen pour continuer à banaliser ce qui est important et glorifier ce qui est éphémère.

Une erreur, alors, d’avoir radié Céline des listes officielles? Surtout, un aveu d’impuissance et une réaction d’asservissement à la manipulation de l’opinion, aux mensonges, toujours. Qu’importe, pour le moment, c’est raté et Céline occupe beaucoup de place.

En admettant que la censure exercée envers Céline n’ait fait qu’amplifier l’importance de l’écrivain, nous sommes en présence d’un beau pied de nez aux curés et autres renifleurs d’éthique, chantres d’une rectitude à plusieurs vitesses qui s’orientent toujours en fonction des vents dominants. Raison supplémentaire de ne pas être dupes pour autant, lorsque la « fête des fous » sera terminée, ils s’occuperont de refermer les vannes du barrage, réinstaller la chape de plomb et sceller le couvercle dessus.

Malgré tout, il y a peut-être bien un parasite dans l’engrenage et ça donne comme un petit bruit répétitif, une musique qui accroche, qui grince et qui agace. Comment un être aussi méprisé, dont on aura tenté pendant des décennies à réaliser le vide autour de lui et qui semble faire l’unanimité auprès des moralisateurs de toutes tendances, peut encore autant fasciner? Fasciner qui? Comment? La question se pose et personne ne semble vouloir tenter d'y répondre à cette question fondamentale… À moins que les réponses, en réalité, ne soient trop embarrassantes. Qui sait!

Le côté exotique de l’écrivain maudit n’explique pas tout. Il agite surtout les collectionneurs faisant aussitôt grimper sa côte sur les marchés à la moindre mention du nom de la bête. Il y a forcément quelque chose d’autre, de supérieur qui transcende la bassesse mercantile, et cela, autant de la part de ses détracteurs et de ceux qui, tout en refusant de l’assumer, admettent du bout des lèvres, son génie.

Cette « fête des fous » prouve une fois de plus et sur une plus grande échelle, la pertinence de l’écrivain et montre que l’artiste n’entre définitivement dans aucun cadre académique où le diplôme demeure un gage de supériorité et d’infaillibilité. Céline ne se laisse boulonner dans aucune niche et n’est récupérable par aucune idéologie, il transcende l’éphémère, non pas en s’élevant au-dessus, mais en faisant face et en résistant. Oui, Céline est un résistant face au mensonge généralisé, le seul résistant qui ne s’est jamais installé dans ses pantoufles en acceptant l’inacceptable, Céline est avant tout la victime de sa propre résistance.

La force de Céline est justement d’être irrécupérable, combien de « révolutionnaires » cherchèrent à l’utiliser et à le récupérer, communistes, anarchistes et fascistes, nous pouvons tous les renommer et ils se reproduisent entre eux. Céline, celui dont personne n’est en mesure de contrôler afin d’assouvir ses propres intérêts; l’écrivain qui dérange, parce qu’illuminé; parce que prophète et instigateur d’une immense et véritable « fête des fous »; parce qu’il possédait en lui, cette fameuse musique, mais aussi une lumière dont il a réussi merveilleusement à en transposer le prisme dans son œuvre; lumière qui, cinquante ans après sa mort, brûle encore les yeux des maîtres.

Le cas Céline ne s’explique pas par une opposition entre les forces du bien et celles du mal, entre le choix d’une idéologie ou d’une autre, l’explication n’est pas là, une fumisterie qui masque l’abondance de la réalité célinienne. Il faut pousser bien au-delà des biographies linéaires ou à rebours, qu’un banal cheminement temporel qui ne constitue que la pointe émergée d’une personnalité autrement plus complexe et, surtout, plus fascinante qu’il n’y parait. Sa vie, son œuvre, ses « excès », ne constituent qu’un tremplin pour une recherche plus intime; plus qu’une recherche académique, un approfondissement de la sensibilité de l’écrivain, élément essentiel autour duquel s’articule toute l’œuvre de Céline.

Même si les informations biographiques sont importantes et nécessaires pour la compréhension de l’homme et qu’il demeure encore bien des points obscurs dans la vie de Céline, il faut à présent dépasser cette approche à sens unique. Des approches qui se limitent habituellement à lier autrement, sous un angle inédit, des évènements et des opinions afin de prouver définitivement des arguments cent fois retournés dans tous les sens où il s’agit de coincer enfin l’écrivain dans une grille plutôt que chercher à percevoir sa réelle personnalité.

Pensons seulement à son extrême sensibilité, mentionnée par les biographes, mais qui reste en suspens, comme inabordable ou inatteignable. Pourtant, Céline a passé sa vie à la dissimuler, raison supplémentaire de fouiller et revoir ses grilles d’analyses. Faire une lecture des pamphlets en partant de cette prémisse ou d’une autre, son imaginaire, si différente de l’illusion qu’impose toujours le réel.

Ce qui importe, c’est de concevoir l’esprit de Céline dans sa complexité; autrement dit, la libérer de ce réel qui a toujours étouffé l’écrivain et emprisonner dans un carcan idéologique où les spécialistes s’acharnent à l’enfoncer. En ce cinquantenaire, il aurait aussi fallu suivre les pistes ouvertes par Nicole Debrie dans son superbe «Céline» aux éditions Aubiers en 1990 et le «Céline» de Paul del Perugia NEL 1987, qui est également parvenu de manière magistrale à revisiter Céline et le hisser au-delà des chimères qui enveloppent les certitudes historiques d’une époque par rapport à une autre. Il faut voir Céline derrière le masque et le découvrir dans sa soif d’absolu.

Comment comprendre autrement cet écrivain qui, cinquante ans après sa mort, revient encore nous hanter en nous forçant à nous regarder à travers à nos certitudes et nos mensonges? Il évoque brutalement une « certaine idée de notre inconscient » que l’on voudrait si propre et si prometteur. Tous les pouvoirs comptent sur le mensonge et l’amnésie collective pour légitimer sa propre réussite; d’un côté la tolérance et de l’autre l’oubli; on tolère en réinterprétant le présent en fonction des besoins du moment et l'on efface au nom du bien commun et, bien sûr, contrôler la «fête des fous».

Heureusement, au milieu de tout cela, Céline parvient toujours à nous abreuver d’absolu et de folie.

Pierre Lalanne

dimanche 29 mai 2011

Les animaux de Louis-Ferdinand Céline (4) : Toto

Peu après la mort de Bébert, en 1952, Lucette fit l’acquisition d’un perroquet à la Samaritaine pour le consoler de la mort de son chat en lui offrant un nouveau compagnon. En colère, Céline refuse alors l’animal et exige de le renvoyer à la Samaritaine, trop onéreux fut la raison invoquée. Raison la plus simple, Céline est naturellement proche de ses sous.

Toutefois, rappelons-nous qu’il refusa également, au début, de prendre Bébert, car, adopter un animal exige de son maître une grande responsabilité. Il n’a pas alors hésité à faire castrer le chat et s’assurer qu’il avait tous les papiers nécessaires; se limiter au prix est un peu court, Céline voyait nécessairement plus loin.

Le perroquet gris du Gabon est reconnu comme un animal très intelligent, certains d'entre eux peuvent apprendre jusqu’à 200 mots (ce qui n’est pas le cas de Toto), reproduire des bruits courants, exécuter toutes sortes de mimiques et peuvent devenir de très bons orateurs. Ils sont en mesure d’emmagasiner plusieurs types de sons qu’ils aiment répéter. Ils peuvent également reproduire ces bruits dans des contextes particuliers, ce qui démontre une fantastique capacité d’interrelation.

Il est également reconnu que cette espèce de perroquet est un animal très exigeant, qui nécessite temps et attention de la part de son maître, beaucoup de contacts et de la stimulation. Des études affirment que le Gris du Gabon réagit émotionnellement à peu près comme un enfant de deux ans et renferme la capacité intellectuelle de celui de cinq ans.

Enfin, ces perroquets sont prudents, nerveux et méfiants, devant des situations qu’ils ne connaissent pas ou en présence d’inconnus qui viennent perturber leur quotidien. Leur réputation est de se consacrer à un seul maître, mais il peut également s’adapter à un groupe de personnes, si on l’habitue à vivre en communauté.

Lucette connaissait-elle les caractéristiques du perroquet lorsqu’elle offrit Toto à Céline? À lire cette description du caractère des Gris du Gabon, elle ne pouvait pas faire un meilleur choix et il n’y a pas à s’étonner que, malgré l’opposition de principe de Céline, l’un ne tarderait pas à séduirait l’autre.

Sachant l’affection que Céline portait aux enfants, il pouvait laisser libre court à ses instincts d’éducateur. Ainsi, elle laissa passer les invectives et Toto s’installa à demeure et deviendra rapidement son meilleur compagnon, complice et, nécessairement, confident, car, Céline causait avec les bêtes, Bessy, Bébert, Lucette en a témoigné à plusieurs occasions.

En fait, nous connaissons assez peu de chose sur ce dernier compagnon, sinon qu’il est très jaloux, harcelle le visiteur et protège férocement son intimité avec l’écrivain en mordant les jambes et les pieds de l’intrus qui s’attarde un peu trop longtemps auprès de son maître. Toto vit librement dans le bureau de Céline et est constamment à ses côtés lorsqu’il écrit, lui casse ses crayons, et, toujours au dire de Lucette, lui joue des mauvais tours, comme lui dérober ses pinces à linge pour attacher ses manuscrits. Brefs, ils s’entendent comme de vieux copains de bistrots, gueulards, et toujours à se réconcilier.

Toto ne semble pas parler beaucoup, quelques mots, seulement, mais on ignore lesquels. Par contre, Céline lui apprend à siffler «dans les steppes de l’Asie centrale» et il crie : «Les Tarrrrrrrtarres à Meudon... Les Tarrrrrrrtarres à Meudon!», en écho au célèbre «Les Chinois à Cognac!», de son maître affirme Éric Mazet.

Ils causent surtout dans une langue connue d’eux seuls et s’engueulent parfois férocement, se réconcilient. Toto est le contraire de Bébert, ce vieux sage discret qui dormait sur sa table de travail. Toto est actif, de son perchoir, il grimpe sur l’épaule du maître où arpente la table de travail; Toto est celui qui fait rire Céline, celui que l’on entend jacasser lors des dernières entrevues que l’écrivain donne aux uns et aux autres, après le succès «D’un château l’autre».

Toto est justement le témoin privilégié celui qui a assisté à l’écriture de la dernière période célinienne, les entretiens, la trilogie allemande. Il fut certes un baume dans la solitude de Meudon rejeté par l’ensemble du tissu social, une source importante d’inspiration et stimulation. Les animaux ne se préoccupent pas de fausse morale, de culpabilité et d’idéologie.

Céline lui lisait-il des passages des livres qu’il préparait? Fort probablement et l’on peut facilement présumer que le perroquet, à sa manière donnait son opinion, toujours dans cette langue, ce code qui leur était commun. De la spéculation, bien entendu, les témoignages des relations entre Céline et son perroquet viennent essentiellement de Lucette, qui raconte l’arrivée de Toto à Meudon et son adaptation avec l’écrivain, sans vraiment savoir comment opéra la magie, comment Céline fut conquis et les deux devinrent les meilleurs amis du monde:

«J’ai acheté le perroquet Toto à la Samaritaine et après un premier contact désastreux, ils sont devenus inséparables. Toto vivait en liberté dans la pièce où Louis travaillait. Il picorait ses feuilles de papier ou ses pinces à linge. Il avait tous les droits et je les entendais souvent se disputer et dialoguer dans un langage connu d’eux seuls.» Céline secret Véronique Robert avec Lucette Destouches, Grasset p.145.

Par ailleurs, la compagne de Céline a déjà raconté la patience de Céline envers les animaux et sa manière dont il leur parlait pour les rassurer et s’en faire leur complice, particulièrement pour Bessy, le chien abandonné par les troupes allemandes quittant le Danemark. Elle affirme que seulement par la patience, la douceur et la parole, Céline est en mesure de communiquer avec les animaux. Juste à relire la description de la mort de Bessy dans «D’un château l’autre», les liens tissés avec Bébert, il n’y a pas à douter des relations étroites qu’entretenait l’écrivain envers les animaux et, tout comme Saint-François-d'Assise, il pouvait causer avec eux.

Malheureusement, probablement par absence de matière, les biographes passent rapidement sur les relations de Toto et de son maître, Gibault en parle très peu, Vitoux y consacre quelques lignes en se limitant à un témoignage essentiel de Lucette. Enfin, dans « Céline Secret » elle y va de quelques allusions.

Ce qui en ressort est la formidable complicité entre les deux, l’amitié indéfectible et cette confiance, qu’il ne peut plus accorder aux hommes. Il faut lire Lucette dans Vitoux pour en saisir toute la portée et la capacité de l’écrivain à se consacrer aux plus faibles, en l’occurrence, les animaux, les seuls qui ne trahissent jamais, si l’on sait comment les approcher, les apprivoiser et accepter une personnalité qui leur est propre; ne pas en faire des esclaves, des bibelots ou des chiens savants, mais les laisser vivre en fonction de leurs instincts et non pas de l’unique raison humaine. Il faut relire ce passage dans le Céline de Vitoux qui montre toute la force de cette de la perception célinienne des animaux :

«Le perroquet n’avait pas de cage. Louis le laissait en liberté. Il faisait des saletés partout, sur la table, le fauteuil, par terre. Ça lui était égal. Toto lui cassait ses crayons, lui faisait des tours pendables. Louis criait contre lui. Toto lui répondait. Ils s’entendaient tous deux d’une manière fantastique, ils ne se quittaient pour ainsi dire jamais. Quand Louis descendait à la cuisine (…) Toto était sur ses épaules. Le pauvre Louis ne tenait pas debout, il lui arrivait de tomber dans l’escalier. Toto tombait avec lui. J’entendais de là-haut le perroquet crier, furieux. Je descendais les ramasser. Toto remontait sur ses épaules et ils repartaient. Je n’ai jamais vu deux êtres comme cela – une réussite! Et puis Toto avait un mérite, il le débarrassait des gens qui venaient le voir. Il leur donnait dix minutes, pas plus. Au bout de dix minutes, Toto allait mordre les chaussures ou le bout de pied des visiteurs de Louis qui n’avaient plus qu’à battre en retraite» Lucette dans «La vie de Céline» de Frédéric Vitoux chez Grasset, p.535

Après la mort de Céline en ce mois de juillet 1961, Toto s’est tue pendant des mois, on imagine le désarroi de l’animal, le deuil. Qu’advint-il de lui par la suite? On ne connait pas la suite de son histoire, sa fin, le nombre d’années qu’il survécut à son maître…

Est-ce à Toto et à Céline qu’Hergé voulu rendre hommage dans l’un de ses meilleurs albums, «Les Bijoux de la Castafiore», publié en 1963, lorsque la cantatrice offre au capitaine Haddock, désemparé, furieux, Jacquot ce perroquet et qui fait de leur relation une véritable épopée qui peut se rapprocher à celle de Céline, comme le suppose David Alliot dans un article sur ce sujet qui est à lire sur :

http://louisferdinandceline.free.fr/indexthe/herge/alliot.htm

En fait, l’histoire de Toto et de Céline reste encore à écrire et à inventer…

Pierre Lalanne

lundi 9 mai 2011

Les animaux de Louis-Ferdinand Céline (3): Bébert

Devenu inapte à la boucherie des tranchées, commence pour Louis Destouches une longue marche, Londres, les colonies, la Bretagne, le mariage, les études, la paternité, la SDN, les Amériques. Le divorce… Élisabeth l’Impératrice, l’écriture, la rupture, les nouvelles menaces de guerres, de massacres, Lucette, les pamphlets et l’accomplissement de ses pires appréhensions, la débâcle, l’occupation et l’exil.

Ces périodes d’absence, de mouvements et d’intensité sont bien peu propices à la présence d’un animal domestique, mais cela ne signifie pas du désintéressement ou de l’indifférence. La nature du docteur Destouches et celle de l’écrivain ne peut rester insensible devant la souffrance, autant celles des hommes que des bêtes. Céline l’écrivain laisse transparaître ses sentiments dans une de ses premières lettres à Abel Gance. En mars 1933 (Lettres Pléiade p. 358) il insiste sur un passage du livre de Gance «Prisme» qui l’a fortement touché :

«J’ai lu prisme en grande partie. Quelle énorme somme de souffrance! (…) Le chien devant l’hôtel» :

«Ce matin, j’ai vu un pauvre chien, sorte de basset incroyable, aux oreilles gigantesques et malades, au museau trop long et blanc, aux yeux trop petits, à la queue ridicule aux flancs maigres. Il attend patiemment tous les jours à la porte de l’hôtel où je demeure, que quelqu’un lui jette un peu de pitance. (…) Il a secoué ses oreilles avec douleur, puis m’a dit toute sa tragédie muette de pauvre chien, combien un sourire, un mot, une flatterie, pouvaient le rendre heureux.»Abel Gance, Prisme p. 351-352 dans lettres Pléiade, note 3. p. 1664

L’apparition d’un chat dans la vie de Céline n’est donc pas étonnante, Céline vit avec Lucette rue Girardon. Son voisin, le comédien de LeVigan achète, en 1935, un chat, Chibaroui, à la Samaritaine afin de consolider ses amours avec sa nouvelle épouse, Tinou. Cependant, les relations du couple sont difficiles et la santé du chat reflète le niveau de la passion.

Bien nourri lorsque le ciel est bleu, Chabaroui est laissé à lui-même lorsque monte l’orage. C’est Lucette qui, alors, s’occupe du chat et ce dernier, après ses longues nuits à explorer Montmartre, sait où venir se réfugier. Devant la situation du couple qui se désagrège, Lucette parvint à convaincre Céline de l’adopter et, si ce dernier hésite, c’est qu’il connait la responsabilité d’un tel geste envers un animal. Céline le fera castré et établir un certificat de bonne santé par les autorités Allemandes. Le nouveau Bébert ne quittera plus d’une semelle son nouveau «maître».

Le moment est tout de même propice à l’élargissement de la famille : Bébert est un orphelin laissé à lui-même tandis que la situation de Céline n’est pas vraiment meilleure, il reçoit des menaces et, bientôt, n’osera même plus sortir le soir. Alors, il faudra fuir pour échapper à la vindicte de la horde. Après quelques hésitations, après une offre de Léautaud de s’occuper du chat, il n’est pas question de l’abandonner. Bébert fait partie de la famille, Céline est entièrement responsable de ce qui pourrait lui arriver.

Une fois, seulement, lorsqu’ils se retrouveront à Sigmaringen, à la veille de leur départ pour le Danemark, le chat sera confié à un épicier qui promettait de s’en occuper, mais à la nuit, Bébert brise un carreau et vient rejoindre ses maîtres. C'est un signe, la question est réglée, quoiqu'il arrive, ils finiront le voyage ensemble.

Tout comme son nouveau maître, Bébert n’est plus un chat de la première jeunesse; en 1944, lorsqu’ils prendront la route de l’exil, il a huit ou neuf ans et Céline 50, Bébert sera encore là lorsqu’ils en reviendront sept ans plus tard, un âge très vénérable pour un chat. L’histoire de Bébert est connue, Frédécic Vitoux en retrace sa biographie dans : «Bébert : Le chat de Louis Ferdinand Céline» aux éditions Grasset et montre bien l’importance pour Céline de ce chat au caractère exceptionnel.

La venue d’un chat dans la dernière partie de la vie de Céline n’est donc pas autrement étonnante, ce qui l’est davantage, c’est la place qu’il occupera et le mythe qu’il engendra autour de l’œuvre. Il y a quelque chose de fabuleux dans l’histoire et la vie de ce chat. Tout d'abord son nom, le petit Bébert de Voyage, enfant dont Bardamu assiste impuissant à cette mort lente et injuste, pages magnifiques où Céline montre toute l’absurdité de la souffrance lorsqu’il s’agit d’enfants. C’est aussi le lien qui identifie les seuls êtres qui, finalement, trouvent grâce à ses yeux : les enfants et les animaux.

Il s’agit pour Céline de la marque d’une fragilité commune et d’une incompréhension mutuelle de ces êtres devant la réalité du monde et la brutalité des hommes. Dans leur monde respectif, les enfants et les animaux souffrent en silence, totalement impuissant devant les maîtres. À cet effet, le rôle de Bébert dans la trilogie allemande et, par exemple, la rencontre des enfants handicapées dans Rigodon, illustre fortement le lien entre ces deux mondes de l’innocence. Ils sont pour Céline, les derniers remparts contre la souffrance.

Même si plus de trente ans séparent la mort de du chien Bobs et l’arrivée de ce chat mythique dans la vie de Céline, Bébert constitue le dernier espoir et le seul lien affectif de l’écrivain envers le monde réel; Bébert c’est Céline et Céline, c’est Bébert. Personnage à double personnalité, mélange d'enfant sauvage et d'animal apprivoisé; liberté et conscience ce qui, pour Céline, représente ce qui est le plus important et le plus fragile. Bébert, c’est l’union de ces deux éléments, indissociables. Renier le premier, c’est achever le second.

À partir de Féérie, Bébert sera toujours présent et jouera un rôle à la fois effacé, mais essentiel dans l’œuvre romanesque. Dans la démesure célinienne, le chat atténuera la brutalité du réel. Dans cette période apocalyptique, il reste le seul être vivant pourvu de sagesse et d’intégrité. Stoïque, Bébert sort rarement de sa gibecière, jamais une plainte et lorsqu’il met le nez dehors, il revient toujours au bon moment. Bébert veille, observe et tout ce qu’il voit avec ses yeux de chat, apparemment indifférent à la folie des hommes, laisse au lecteur le soin de se faire une opinion sur ses jugements.

Par ailleurs, l’importance de l’animal pour l’écrivain est maintes fois démontrée et son affection se retrouve partout et de manière continuelle, autant dans les romans, la correspondance et, aussi, dans ses cahiers de prison, où Céline exprime sans fard ses angoisses et ses inquiétudes envers ceux qu’il aime. Bébert n’est jamais absent des préoccupations de l’écrivain :

«Le lendemain visite à Courbevoie – à Marie – à Arltty – Lucette est née tout près – rue St-Louis-en-l’Île – Bébert à la Samaritaine – On est né tous les trois au murmure des berges…» Un autre Céline deux cahiers de prison» (p.55) Textuel

«… On nous amène Lucette et moi – le bureau de la police – Bébert dans son panier… Je sens que tout est perdu – on nous sépare – cachot – panier à salade – plongé dans la nuit – (…) Des mouches – Je titube bourdonne comme une mouche et puis je vois mille choses comme une mouche – mes idées se heurtent à un immense chagrin – où est Lucette et mon petit chat? J’ai la hantise de la vie» (P105)

Pendant les mois d’internements, avec la complicité silencieuse d’un gardien, Lucette amènera un Bébert, toujours silencieux et discret, visiter le prisonnier. Malade, tumeur cancéreuse, Bébert sera opéré et soigné. À Meudon, le dernier refuge, le roi s’éteindra lentement, il sera enterré dans le jardin où aucune indication ne situe la tombe. Inutile, Bébert est dorénavant partout, il habite à la fois l’œuvre et l’homme, on ne peut voir Céline sans ce chat plus humain que les hommes.

C’est peut-être Paul Léautaud qui a laissé le plus beau témoignage de cette relation exceptionnelle entre ces deux complices d’aventures et d’écriture, liés par tant de souvenirs communs. De plus, nous ne pouvons pas accuser l'ermite de Fontenay-aux-Roses d’avoir un parti pris favorable envers l’écrivain :

«Tenez, Dullin, pendant l’exode, ne s’est jamais séparé de son chien. Et Céline, il est parti pour le Danemark avec son chat et il en est revenu avec. Je connais mal l’œuvre littéraire de Céline. J’ai reçu un jour, au Mercure, son «Voyage au bout de la nuit». J’ai été rebuté par les grossièretés et je l’ai refermé. Mais revenir avec son chat du Danemark, ça c’est une preuve de conscience.» «J’aime mieux les chats que la littérature» Robert de La Croix, Carrefour no 373, 7 novembre 1951 Cahiers Paul Léautaud no 30 juillet décembre 2001 p. 30-33. Dans L’année Céline 2001 p. 213 édition du Lérot.

Pierre Lalanne