samedi 11 juin 2011

L’année de Louis-Ferdinand Céline ou la «fête des fous»

Il y a quelque chose d’assez fascinant de voir tomber, jour après jour, les articles, les biographies, les essais, les rééditions, les numéros spéciaux, les hors série, les colloques, les pièces de théâtre, les lectures, les tables rondes, les émissions et ce n’est pas terminé, d’autres livres sont attendus et des activités sont annoncées, même un film, reconstituant le procès de Céline, sera bientôt présenté. Un film qui nous démontrera, probablement, et hors de tout doute, sa responsabilité. Culpabilité juridique? Culpabilité morale? Culpabilité d’une civilisation? Culpabilité des innocents et innocence des coupables? On verra bien.

Alors, quoiqu’on en dise et tant pis pour les détracteurs, 2011 est une année Céline. Elle est folle, belle et elle décoiffe. Elle en jette, explose et démontre l’incroyable jeunesse de l’écrivain. Tellement, que certains, elle n’a pas encore six mois cette année, s’interrogent et se demandent si ce n’est pas trop, tout ce déferlement, une véritable indigestion célinienne qui, comme en gestation depuis longtemps, refoule d’on ne sait d’où.

D’ici la fin de l’année, il y en a bien un qui va nous définir une nouvelle théorie du complot sur le sujet. Admettons également qu’on profite de l’occasion pour y gagner un peu, mais tout de même, Céline est sur toutes les tribunes et cela fait plaisir à voir et à entendre.

Ainsi, au bout de l’exercice, peut-être bien qu’on le regardera un peu moins, je dis bien un peu moins, comme un parfait salaud et davantage pour ce qu’il est réellement, un écrivain exceptionnel et une personnalité hors normes; l’écrivain de son siècle et prédicateur du nôtre.

Peut-être bien aussi, que de nouveaux lecteurs, intrigués, oseront s’approcher du monstre et alors, le mal sera fait, ils seront majoritairement séduits, conquis par la verve célinienne. Il n’y a pas en douter, Céline est dans le paysage encore pour longtemps et se chargera, périodiquement, de nous le rappeler. Pensons seulement au choc lorsque les pamphlets seront réédités, car, même s’ils sont accessibles sur le Net, ces écrits seront publiés de nouveau, d’une manière ou d’une autre, c’est inévitable.

Remarquons que la polémique autour de la commémoration officielle semble à peu près effacée, comme si elle n’avait jamais existé, sinon sous la forme d’un catalyseur, sorte d’avant-première ratée. Le pouvoir se présentant sur scène sans y être invité en «vedette américaine» pour tenter de bien gâcher la fête et imposer sa vision d’une société complètement dépassée par ses propres mensonges :

«Nous voilà parvenus au bout de vingt siècles de haute civilisation et, cependant, aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. L’homme ne peut persister, en effet, dans aucune des formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge permanent et de plus en plus massif, répété, frénétique, «totalitaire» comme on l’intitule». Hommage à Zola 1933

En absence manifeste de talent et sincérité du ministre de service, le résultat s’imposait de lui-même. En voulant écarter la vedette principale, le pouvoir a servi de faire-valoir à l’écrivain, qui en rit encore. Est-il besoin de spécifier que Céline n’a nullement besoin des chantres officiels de la droite ou de la gauche et de leurs mensonges pour se démarquer et s’imposer de lui-même.

Ainsi, depuis le bide, les autorités se taisent, les élites font du surplace, se grattent en songeant aux vérités de DSK et s’interrogent, un peu honteux de s’être mis le nez dedans, ils attendent que ça sèche. Impossible d’empêcher cette « fête des fous », ils espèrent seulement qu’elle servira de soupape à leurs abus répétitifs en leur permettant de bien reprendre les choses en main et effacer Céline pour les cinquante prochaines années. En face de la nécessité, ils trouveront bien un moyen pour continuer à banaliser ce qui est important et glorifier ce qui est éphémère.

Une erreur, alors, d’avoir radié Céline des listes officielles? Surtout, un aveu d’impuissance et une réaction d’asservissement à la manipulation de l’opinion, aux mensonges, toujours. Qu’importe, pour le moment, c’est raté et Céline occupe beaucoup de place.

En admettant que la censure exercée envers Céline n’ait fait qu’amplifier l’importance de l’écrivain, nous sommes en présence d’un beau pied de nez aux curés et autres renifleurs d’éthique, chantres d’une rectitude à plusieurs vitesses qui s’orientent toujours en fonction des vents dominants. Raison supplémentaire de ne pas être dupes pour autant, lorsque la « fête des fous » sera terminée, ils s’occuperont de refermer les vannes du barrage, réinstaller la chape de plomb et sceller le couvercle dessus.

Malgré tout, il y a peut-être bien un parasite dans l’engrenage et ça donne comme un petit bruit répétitif, une musique qui accroche, qui grince et qui agace. Comment un être aussi méprisé, dont on aura tenté pendant des décennies à réaliser le vide autour de lui et qui semble faire l’unanimité auprès des moralisateurs de toutes tendances, peut encore autant fasciner? Fasciner qui? Comment? La question se pose et personne ne semble vouloir tenter d'y répondre à cette question fondamentale… À moins que les réponses, en réalité, ne soient trop embarrassantes. Qui sait!

Le côté exotique de l’écrivain maudit n’explique pas tout. Il agite surtout les collectionneurs faisant aussitôt grimper sa côte sur les marchés à la moindre mention du nom de la bête. Il y a forcément quelque chose d’autre, de supérieur qui transcende la bassesse mercantile, et cela, autant de la part de ses détracteurs et de ceux qui, tout en refusant de l’assumer, admettent du bout des lèvres, son génie.

Cette « fête des fous » prouve une fois de plus et sur une plus grande échelle, la pertinence de l’écrivain et montre que l’artiste n’entre définitivement dans aucun cadre académique où le diplôme demeure un gage de supériorité et d’infaillibilité. Céline ne se laisse boulonner dans aucune niche et n’est récupérable par aucune idéologie, il transcende l’éphémère, non pas en s’élevant au-dessus, mais en faisant face et en résistant. Oui, Céline est un résistant face au mensonge généralisé, le seul résistant qui ne s’est jamais installé dans ses pantoufles en acceptant l’inacceptable, Céline est avant tout la victime de sa propre résistance.

La force de Céline est justement d’être irrécupérable, combien de « révolutionnaires » cherchèrent à l’utiliser et à le récupérer, communistes, anarchistes et fascistes, nous pouvons tous les renommer et ils se reproduisent entre eux. Céline, celui dont personne n’est en mesure de contrôler afin d’assouvir ses propres intérêts; l’écrivain qui dérange, parce qu’illuminé; parce que prophète et instigateur d’une immense et véritable « fête des fous »; parce qu’il possédait en lui, cette fameuse musique, mais aussi une lumière dont il a réussi merveilleusement à en transposer le prisme dans son œuvre; lumière qui, cinquante ans après sa mort, brûle encore les yeux des maîtres.

Le cas Céline ne s’explique pas par une opposition entre les forces du bien et celles du mal, entre le choix d’une idéologie ou d’une autre, l’explication n’est pas là, une fumisterie qui masque l’abondance de la réalité célinienne. Il faut pousser bien au-delà des biographies linéaires ou à rebours, qu’un banal cheminement temporel qui ne constitue que la pointe émergée d’une personnalité autrement plus complexe et, surtout, plus fascinante qu’il n’y parait. Sa vie, son œuvre, ses « excès », ne constituent qu’un tremplin pour une recherche plus intime; plus qu’une recherche académique, un approfondissement de la sensibilité de l’écrivain, élément essentiel autour duquel s’articule toute l’œuvre de Céline.

Même si les informations biographiques sont importantes et nécessaires pour la compréhension de l’homme et qu’il demeure encore bien des points obscurs dans la vie de Céline, il faut à présent dépasser cette approche à sens unique. Des approches qui se limitent habituellement à lier autrement, sous un angle inédit, des évènements et des opinions afin de prouver définitivement des arguments cent fois retournés dans tous les sens où il s’agit de coincer enfin l’écrivain dans une grille plutôt que chercher à percevoir sa réelle personnalité.

Pensons seulement à son extrême sensibilité, mentionnée par les biographes, mais qui reste en suspens, comme inabordable ou inatteignable. Pourtant, Céline a passé sa vie à la dissimuler, raison supplémentaire de fouiller et revoir ses grilles d’analyses. Faire une lecture des pamphlets en partant de cette prémisse ou d’une autre, son imaginaire, si différente de l’illusion qu’impose toujours le réel.

Ce qui importe, c’est de concevoir l’esprit de Céline dans sa complexité; autrement dit, la libérer de ce réel qui a toujours étouffé l’écrivain et emprisonner dans un carcan idéologique où les spécialistes s’acharnent à l’enfoncer. En ce cinquantenaire, il aurait aussi fallu suivre les pistes ouvertes par Nicole Debrie dans son superbe «Céline» aux éditions Aubiers en 1990 et le «Céline» de Paul del Perugia NEL 1987, qui est également parvenu de manière magistrale à revisiter Céline et le hisser au-delà des chimères qui enveloppent les certitudes historiques d’une époque par rapport à une autre. Il faut voir Céline derrière le masque et le découvrir dans sa soif d’absolu.

Comment comprendre autrement cet écrivain qui, cinquante ans après sa mort, revient encore nous hanter en nous forçant à nous regarder à travers à nos certitudes et nos mensonges? Il évoque brutalement une « certaine idée de notre inconscient » que l’on voudrait si propre et si prometteur. Tous les pouvoirs comptent sur le mensonge et l’amnésie collective pour légitimer sa propre réussite; d’un côté la tolérance et de l’autre l’oubli; on tolère en réinterprétant le présent en fonction des besoins du moment et l'on efface au nom du bien commun et, bien sûr, contrôler la «fête des fous».

Heureusement, au milieu de tout cela, Céline parvient toujours à nous abreuver d’absolu et de folie.

Pierre Lalanne

3 commentaires:

  1. j'aime l'homme Céline et j'adore l'écrivain Céline, pour moi c'est la même chose...il est toujour exceptionnel!

    mes compliments pour l'article très interessant

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  2. Pour moi, Céline est le seul écrivain véritable et surtout digne de ce nom de tous les temps. Un être d'exception, un génie, certes, mais surtout un être AUTHENTIQUE... Même ses petits mensonges sont criants de vérité. Alors, tous les écrivaillons qui se prennent pour des Grands Hommes peuvent se rhabiller, "ces" qui écrivent en surface pour masquer leurs tares ; ils n'arriveront jamais à "sa sandale"...

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