dimanche 19 avril 2009

En guise d’introduction…


En premier lieu, j’ai pensé à « L’esprit de Louis-Ferdinand Céline » ou bien : « La présence de Louis-Ferdinand Céline » ou encore : « La magie de Louis-Ferdinand Céline »… L’hésitation envers un titre pour mon blogue démontre déjà les difficultés à venir, l’affrontement et la solitude imposée par l’ampleur d’un personnage sans pitié, son ambigüité magnifique, la lumière éclatante de son génie et, pourquoi pas, sa nature mythologique.


Nul ne peut échapper à l'ombre de Céline, elle transgresse l’effacement de l’homme, son bannissement éternel pour, de cette manière, dépasser l’oubli et l’indifférence. La nuit, je sais que l’ombre quitte son tombeau pour errer au-dessus de Meudon, survole le jardin où repose Bébert, s’arrête un moment devant la chambre de Lucette qu’elle protège jalousement depuis ce soir de juillet. Puis, elle traverse la Seine et monte sur Paris, enfile les rues au hasard, survole le passage Choiseul et jusqu’à Montmartre, rue Lepic, Girardon, et toujours plus avant, Courbevoie, la banlieue… l’ombre tourne et s’attarde aux souvenirs, à la souffrance des malades, aux éternelles injustices.


Lorsque le vent est favorable, elle survole les Pays de France et pousse jusqu’en Bretagne, Saint-Malo, ses remparts, la plage et, bien au-delà des récifs, la liberté, la seule et l’unique, sa Furieuse, la mer avec ses secrets, épaves au fil de l’eau, paroles de marins perdus en mer, sirènes en pleurs et Déesses aux jambes de danseuses. Là, enfin, Céline connaît un peu de bonheur, oublie la triste lourdeur des hommes et, lorsque revient le jour, la promiscuité de son sépulcre.


Lorsqu’elle s’attarde aux humains, l’ombre de Céline est si dense, que l’espoir n’a pas sa place, mais, à le lire, son écriture reste gracieuse, discrète et volage. Sous sa plume, les mots virevoltent, se gonflent et tourbillonnent au moindre souffle des guerres à venir, des haines ancestrales et des misères perpétuelles.


Impitoyable, rapace et sombre, l’ombre continue à survoler le temps et provoquer les hommes et leur l’Histoire. En guise d’avertissement, l’ombre s’acharne à frôler nos têtes et nous rappeler que tout a déjà été dit, que les humains ne cessent d’apprendre à se répéter que demain, l’avenir sera radieux. Pourtant, nous savons que rien ne change vraiment sinon, au gré des investissements, la puissance du blindé et l’épaisseur de son blindage.


Alors, j’ai l’illusion de la liberté et m’infiltre avec l’ombre maudite de Louis-Ferdinand Céline. Je la libère dans un espace déjà surchargé d’artifices et d’illusions. Qu’elle s’envole et se libère avant la censure définitive par les prêtres de la rectitude et du bon sens. Je prends le risque du plaisir, celui d’écrire quelques réflexions à la mesure de mon inspiration tout en sachant devoir lutter contre la lassitude, l’inutilité de mes cris et la somme de mes paresses.


Pierre Lalanne


2 commentaires:

  1. Ta vision de Céline est classique et emmerdante, tu te complets dans la pose esthétique de celui qui dit "moi je l'ai compris lui" et tu te repaîs des aspects de noirceur de son oeuvre or en cela, Céline n'a rien de singulier. Qu'est-ce qu'il y a de singulier chez Céline? Le gavroche de Paname. Mort à Crédit. LA façon dont il sait parler des femmes. LA façon qu'il a, extremement drôle, de raconter des épisodes ridicules d'engueulades, de baise ou de décrire des personnages. Céline ça se lit dans le désordre, ça se lit parce qu'on aime les belles lettres et la beauté, le reste c'est du découpage de cheveux en 4 à deux balles.

    RépondreSupprimer
  2. Vous avez raison, j’ai une vision assez classique de Céline et, selon ma perception, le côté obscur est incontournable et m’attire énormément, car cette noirceur décrit trop bien notre condition humaine et libre à vous de n’y voir que du snobisme.

    Pourtant, cela n’empêche pas Céline d’être effectivement très drôle dans ses descriptions et fans sa vison de l’obscurité, convaincre par le rire est assurément une des grandes forces de son écriture. Cependant, selon moi il s’agit davantage d’un moyen de faire passer sa détresse. On ne le compare pas à Rabelais pour rien.

    Par ailleurs, je n’affirme nullement « l’avoir compris », bien au contraire. Il existe certainement plusieurs interprétations à donner à l’écriture célinienne et la vôtre vaut assurément la mienne. Quoique, je l’avoue, votre manière de voir me semble assez réductrice et, par conséquent, plutôt emmerdante.

    Pierre L.

    RépondreSupprimer